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Mélanie Akkari et le message qui n’était pas anonyme

Le 10 juin 2026, Mélanie Akkari rend public un message privé reçu sur Instagram. L’expéditeur n’est pas un troll anonyme tapi derrière un pseudonyme.

Le 10 juin 2026, l’humoriste et chroniqueuse de La Première Mélanie Akkari rend public un message privé reçu sur Instagram. Cinq mots : « Dommage d’être bonne et si conne ». L’expéditeur n’est pas un troll anonyme tapi derrière un pseudonyme. Le message provient du compte de Laurent Hacken, secrétaire politique des Engagés à Woluwe-Saint-Lambert, ancien conseiller communal à Forest, ancien chef de cabinet adjoint du temps du cdH et vice-président de la STIB. Un cadre du parti, donc. Un homme d’appareil.

Mélanie Akkari répond avec l’ironie de celles qui ont appris à encaisser : « après, il a raison jsuis grave bonne ». Sa vidéo dépassera les 6,7 millions de vues. Car ce message dit quelque chose que des milliers de femmes reconnaissent immédiatement : le tarif imposé à celles qui osent occuper l’espace médiatique avec une opinion. On ne discute pas leur chronique, on commente leur corps et on insulte leur intelligence. Le sexisme ordinaire, dans sa formule la plus condensée.

La réaction du parti est alors exemplaire, du moins sur le papier. Le président Yvan Verougstraete condamne « fermement ces déclarations sexistes et inacceptables, qui ne reflètent en rien les valeurs que nous défendons ». Il ajoute que « les propos sexistes n’ont pas leur place chez Les Engagés », saisit le comité d’éthique du parti et précise que la procédure « peut aller jusqu’à une demande d’exclusion ». Le profil de Laurent Hacken disparaît du site des Engagés. La machine de communication tourne à plein régime : indignation, fermeté, valeurs.

Puis vient la défense de l’intéressé, et c’est ici que l’affaire bascule dans un registre singulier. Laurent Hacken affirme que son compte a été usurpé, que le message n’est pas de son fait, qu’il a déposé plainte et présenté ses excuses « à la victime de ces insultes dont je ne suis pas l’auteur ». Un piratage informatique, donc. Ciblant un homonyme prédestiné, diront les mauvaises langues. Sur la RTBF, l’humoriste Gaëtan Delferière résume le sentiment général en parlant d’une « excuse en carton » et s’interroge : quel pirate se donnerait la peine de compromettre un cadre politique local pour envoyer un unique message à une chroniqueuse critiquant le décret programme, avant de disparaître sans laisser d’autre trace ? Sur LN24, le journaliste Romuald La Morté se dit lui aussi troublé par un piratage qui n’aurait produit qu’un seul message, adressé à une seule personne. L’enquête judiciaire tranchera peut-être. En attendant, la version de l’usurpation reste une affirmation de l’intéressé, pas un fait établi.

Un mois plus tard, début juillet, le comité d’éthique des Engagés rend ses conclusions, révélées par Le Soir. Elles méritent d’être lues attentivement, car chaque mot y est pesé. Le comité juge le message « inacceptable et condamnable ». Il confirme que le message a bien été envoyé depuis le compte de Laurent Hacken. Mais il se dit « attaché à la présomption d’innocence », estime que les éléments de défense avancés « ne sont pas sans fondement » et renvoie leur vérification à la justice, seule dotée des moyens d’enquête nécessaires. Conclusion : aucune sanction « dans l’état actuel du dossier ». Le comité se réserve la possibilité de se ressaisir de l’affaire si des éléments nouveaux apparaissent.

Prenons ce raisonnement au sérieux, car il n’est pas absurde. La présomption d’innocence est un principe précieux, et un comité d’éthique n’est pas un tribunal. Mais c’est précisément là que le bât blesse : un comité d’éthique n’est pas un tribunal, et personne ne lui demandait de l’être. Personne ne réclamait une condamnation pénale. La question posée était politique : un parti qui proclame que « les propos sexistes n’ont pas leur place » chez lui tire-t-il une quelconque conséquence d’un message sexiste envoyé depuis le compte d’un de ses cadres, fait que son propre comité considère comme établi ? La réponse est non. En important dans une procédure interne le standard de preuve du droit pénal, le comité s’est offert une sortie élégante : condamner les mots, épargner l’homme, renvoyer le tout à une justice dont chacun connaît les délais.

Le mécanisme est ancien et transcende les partis. Nous l’avons documenté épisode après épisode dans notre rétrospective des scandales belges : quand l’appareil doit choisir entre ses proclamations et ses hommes, il choisit ses hommes. La nouveauté, ici, c’est le décor. Les Engagés se sont construits sur la promesse d’une rupture avec les mœurs de l’ancien cdH, sur un vocabulaire de renouveau, de courage et d’exemplarité. Le parti siège aujourd’hui au gouvernement fédéral aux côtés de la N-VA et du MR, dans une coalition qui assume une orientation résolument conservatrice sur le plan socio-économique. Chacun jugera de la trajectoire. Mais une chose se mesure objectivement : l’écart entre la fermeté du communiqué de juin et la mansuétude de la décision de juillet. Cet écart a un coût, et ce ne sont pas les cadres du parti qui le paient.

Ce sont les femmes qui le paient. Mélanie Akkari, d’abord, sommée d’endosser le rôle de la victime raisonnable pendant qu’on instruit publiquement la vraisemblance d’un piratage. Toutes les autres, ensuite : les chroniqueuses, les journalistes, les élues, les conductrices de la STIB qui dénonçaient il y a quelques mois encore la recrudescence de comportements déplacés. À toutes celles-là, la conclusion de cette affaire adresse un message limpide : l’indignation des partis dure le temps d’un cycle médiatique, leur protection des leurs dure toujours. Un homme politique dispose d’un comité, d’une procédure, d’une présomption. Une femme insultée dispose de son ironie et de la viralité, c’est-à-dire de rien d’institutionnel du tout.

La justice dira peut-être un jour qui a tapé ces cinq mots. Mais nous n’avons pas besoin d’attendre son verdict pour juger ce qui relève du choix politique : un parti a proclamé une tolérance zéro, puis a organisé les conditions de sa propre impuissance. Cela aussi, c’est une valeur qu’on défend. Simplement, on ne l’écrit pas dans les communiqués.

Sources :

  1. RTBF Actus, « Dommage d’être bonne et si conne : Mélanie Akkari dénonce un message sexiste de Laurent Hacken qui plaide l’usurpation de compte », 10 juin 2026
  2. La Libre, « L’humoriste Mélanie Akkari insultée par Laurent Hacken (Les Engagés), qui invoque un compte usurpé », 10 juin 2026
  3. La DH, « Les propos sexistes de Laurent Hacken (Les Engagés) à l’encontre de Mélanie Akkari choquent », 10 juin 2026
  4. 7sur7, « Laurent Hacken se défend après les propos sexistes contre Mélanie Akkari », 12 juin 2026
  5. RTBF Actus, « Ça ressemble à une excuse en carton : Gaëtan Delferière sceptique face aux explications de Laurent Hacken », 12 juin 2026
  6. BX1, « Laurent Hacken n’est pas sanctionné par Les Engagés », juillet 2026
  7. BruxellesToday, « Propos sexistes de Laurent Hacken des Engagés : le comité d’éthique donne ses conclusions », juillet 2026
  8. Le Soir, conclusions du comité d’éthique des Engagés, juillet 2026

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