Fin mai, cette page est née d’un agacement. Quelques textes écrits à chaud, sur des sujets précis, pour dire ce qui nous restait en travers de la gorge. Le nom ne cachait rien de l’intention.
Quatre mois plus tard, le paysage a changé. Plusieurs personnes écrivent, relisent, vérifient et modèrent. Les sujets se choisissent à plusieurs. Les articles se sont allongés, les sources aussi, et chaque erreur relevée par un lecteur donne lieu à une correction publique. La page approche des 5.000 abonnés. Ce qui a commencé comme un exutoire est devenu un travail de fond, et ce travail méritait un endroit à lui.
Cet endroit existe désormais : stillpissing.blog.
Ce qu’il apporte d’abord, c’est la mémoire. Sur Facebook, un article publié en juin disparaît sous le fil en quelques jours. Or nos sujets se répondent. Le décret-programme voté de nuit mène à la grève de la rentrée. La série sur le Centre Jean Gol éclaire les choix budgétaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les fusillades de Saint-Gilles renvoient aux coupes dans la prévention. Sur le blog, chaque texte est daté, classé et relié aux autres, avec ses sources en fin d’article. Les séries se lisent dans l’ordre. Et chacun peut retrouver ce que nous écrivions il y a trois mois pour vérifier si nous avions raison.
Il y a ensuite le rythme. Les réseaux sociaux vivent dans l’instant : on fait défiler, on réagit, on passe au suivant. Ce mode de lecture nous a permis de toucher bien plus de monde qu’un site isolé ne l’aurait jamais fait. Il pousse aussi à consommer un texte comme n’importe quel contenu, puis à l’oublier. Still Pissing veut s’inscrire dans la durée, avec des textes qu’on peut relire, citer, transmettre, et qui tiennent encore debout plusieurs mois après leur parution.
Reste l’indépendance. Jusqu’ici, tout ce que nous avons écrit dépendait d’une seule entreprise, de ses algorithmes et de ses conditions d’utilisation. Une page peut perdre sa portée du jour au lendemain, ou être suspendue sur une vague de signalements. Avec le blog, notre travail nous appartient.
Nous ne quittons pas Facebook pour autant. On nous objectera, à raison, qu’un blog attire moins de lecteurs qu’une publication partagée des centaines de fois. C’est exact, et c’est pour cela que la page continue. Chaque article y sera toujours publié en entier, avec un lien vers sa version sur le blog. Le débat, lui, reste sur Facebook : le blog n’a pas d’espace de commentaires, chaque article renvoie vers sa publication. La page reste notre porte-voix. Le blog devient notre bibliothèque.
L’angle, lui, ne bouge pas. Still Pissing lit l’actualité depuis la gauche et continuera de le faire. Du côté des travailleuses et des travailleurs, des précarisés, des personnes qu’on ne consulte jamais sur les décisions qui les concernent. Du côté des services publics, de la justice fiscale et de la dignité. Nous n’avons jamais prétendu à la neutralité et nous ne commencerons pas maintenant.
Un angle de lecture n’oblige pas à fermer les yeux. Nous continuerons à reconnaître à nos adversaires leurs meilleurs arguments quand ils en ont. Nous continuerons à corriger nos erreurs en public. Et nous continuerons à critiquer la gauche quand elle le mérite, comme nous l’avons fait pour Kanal ou pour la gestion du Foyer anderlechtois. Aucun parti ne nous dicte quoi écrire, et c’est précisément ce qui nous permet de tout écrire.
Vous trouverez déjà sur le blog tout ce qui a été publié ici depuis fin mai : les 3 séries, L’espoir existe, Centre Jean Gol et Scandales belges, et plus de 50 articles hors série, rangés dans 11 dossiers thématiques, de l’enseignement au climat en passant par les finances publiques. Chacun avec l’ensemble de ses sources.
Merci à celles et ceux qui nous lisent, nous partagent et nous contredisent depuis quatre mois. Sans vous, cette page serait restée un défouloir. Vous en avez fait un média.

