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Commissariat mitraillé à Anderlecht : le symbole et la réponse

Des hommes ont mitraillé la façade d’un commissariat à Anderlecht, rue Démosthène. Le bâtiment était vide. Le symbole, lui, est effrayant.

Dans la nuit de vendredi à samedi, des hommes ont mitraillé la façade d’un commissariat de police à Anderlecht, rue Démosthène. Le bâtiment était vide. Le symbole, lui, est effrayant: des criminels se sentent aujourd’hui assez puissants pour tirer à l’arme de guerre sur la police elle-même.

Ce week-end-là, la Région bruxelloise a connu 7 fusillades en 5 jours. Une balle perdue a fini sa course dans la fenêtre d’une habitation près de la porte de Hal. Lundi soir, de nouveaux tirs à l’arme automatique place des Deux Bancs à Saint-Gilles, deuxième fusillade au même endroit en 3 jours. Depuis le 1er janvier, Le Soir recense au moins 66 fusillades à Bruxelles, sur base des chiffres de la police fédérale complétés d’une revue de presse. Bilan: 2 morts et 25 blessés. En 2025, année record, on comptait une centaine de fusillades, 8 morts et 43 blessés. 2026 suit exactement la même trajectoire.

Disons-le sans détour: c’est d’une gravité exceptionnelle. Et les premières victimes ne sont pas des abstractions statistiques. Ce sont les habitants de Saint-Gilles, d’Anderlecht, de Molenbeek, des quartiers populaires où les clans se disputent les points de vente de cocaïne. Des enfants attablés à la terrasse d’une pizzeria pendant que ça tire. Des riverains qui retrouvent une balle dans leur façade. Des agents de police de proximité. Des jeunes précarisés recrutés comme main-d’œuvre jetable par des réseaux qui les considèrent, selon les mots des autorités judiciaires elles-mêmes, comme de la chair à canon.

Cette escalade ne date pas d’hier. Dès 2023, le directeur judiciaire de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, Eric Jacobs, décrivait dans Le Soir des enlèvements, des tortures, des tirs à l’arme de guerre, des jets de grenades. C’était il y a 3 ans. Le marché de la cocaïne a explosé, les profits avec, et la violence a suivi.

Face à cela, qu’a produit le débat politique cette semaine? Une polémique autour d’une vidéo.

Reprenons les faits. Au JT de la RTBF, le bourgmestre de Saint-Gilles Jean Spinette (PS), en déambulation avec des journalistes et des policiers, tombe sur des jeunes manifestement en train de dealer et leur demande de partir. La scène est saisie par un membre des jeunes MR d’Uccle, montée en vidéo virale présentant un bourgmestre qui négocierait avec les dealers. Georges-Louis Bouchez, président du MR, relaie et surenchérit: « Il y a encore quelqu’un qui a un doute sur le fait que le PS est le fossoyeur de Bruxelles ? » Spinette dénonce une « instrumentalisation politique » et répond: « Je vais chaque jour voir les dealers pour leur demander d’arrêter et ils s’en prennent à moi. L’accusation selon laquelle je serais passif est une honte ».

On peut trouver la scène du JT maladroite. On peut débattre de la gestion communale de la sécurité, et ce débat est légitime. Mais un élément mérite d’être rappelé: le portefeuille de l’Intérieur, au fédéral, est détenu par le MR. Le parti dont le président transforme la crise en clip de campagne est aussi celui qui tient le principal levier régalien du pays.

Or que disent les chiffres? La police judiciaire fédérale de Bruxelles, celle qui démantèle les filières, manque de 83 enquêteurs par rapport à un cadre que Le Soir décrit comme déjà insuffisant. Les zones de police bruxelloises réclament 80 renforts, pour un budget estimé entre 5 et 6 millions d’euros. Philippe Close, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, résume la situation dans La Libre: ce ne sont pas les 4 hommes envoyés par le fédéral depuis le début des fusillades à Saint-Gilles qui vont juguler le phénomène. Il rappelle aussi que la police locale fait sa part, avec, selon lui, la quasi-totalité des auteurs de fusillades arrêtés. Mais arrêter le tireur de 19 ans qu’un réseau remplacera dans les 10 minutes ne démantèle rien. Environ 60 % de la cocaïne qui entre en Europe passe par le port d’Anvers, et 2 % des conteneurs y sont contrôlés, rappelle encore Close.

Mercredi soir, le Conseil régional de sécurité a annoncé ses mesures: commandement unique des brigades antigang et canines, 40 policiers fédéraux supplémentaires, 20 caméras mobiles, dispatching centralisé, et la possibilité rappelée aux bourgmestres d’instaurer couvre-feux et zones à accès restreint. Certaines de ces mesures sont sans doute nécessaires. Mais une enquête du Soir publiée mi-août pose une question que personne n’a voulu entendre cette semaine: les hotspots existent depuis mars 2024, ils ont été prolongés sans interruption, et aucune évaluation globale du dispositif n’existe à ce jour. Un chiffre, communiqué par Boris Dilliès lui-même en réponse au député Benjamin Dalle, devrait pourtant alerter: en 2026, 63 % des fusillades ont eu lieu en dehors des hotspots, contre 46 % en 2025. La violence ne disparaît pas. Elle se déplace.

La commissaire nationale aux drogues, Ine Van Wymersch, l’a formulé cette semaine dans Le Soir: « Face aux fusillades, les services régaliens ne peuvent pas tout ». Écoles, emploi, santé, vie de quartier, prévention: c’est là, dit-elle, que se joue aussi la sécurité de la capitale.

Nous y reviendrons lundi. Parce que pendant que tout le monde réclame des moyens devant les caméras, quelqu’un, quelque part, a signé des arrêtés qui en retirent. Et nous savons exactement qui.

Sources :

  1. Le Soir, « Au moins 66 fusillades recensées à Bruxelles en 2026 », Julien Bialas, 24 août 2026
  2. Le Soir, « Contre les fusillades à Bruxelles, nous ramons. Alors ramons au moins dans le même sens », éditorial de Louis Colart, 25 août 2026
  3. Le Soir, « Ine Van Wymersch, commissaire aux drogues : « Face aux fusillades, les services régaliens ne peuvent pas tout » », Louis Colart, 25 août 2026
  4. Le Soir, « Bruxelles : les restrictions sécuritaires se banalisent », Julien Bialas et Julien Thomas, 19 août 2026
  5. Le Soir, « Bruxelles : les autorités régionales et fédérales tentent de montrer un front uni face au narcotrafic », Louis Colart, 26 août 2026
  6. La Libre, « Commandement unique, caméras centralisées, centres fermés, prévention… : les bourgmestres bruxellois s’accordent sur une ligne face aux fusillades », Maël Duchemin, 26 août 2026
  7. La Libre, « Renfort policier, couvre-feux, zones à accès limité : les autorités annoncent des mesures musclées contre le trafic de drogue à Bruxelles », Adrien de Marneffe, 26 août 2026
  8. La Libre, « « Aujourd’hui, à Bruxelles, on n’est pas à l’abri de se prendre une balle » », Nicolas Gobiet et Adrien de Marneffe, 25 août 2026
  9. BX1, « Violences liées à la drogue : Jean Spinette dénonce une « instrumentalisation politique » de la situation », 25 août 2026
  10. 21News, « Bouchez sur la sortie de Spinette au JT de la RTBF », 25 août 2026

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