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Treize bourses, zéro visa : quand le gouvernement fait de Gaza une monnaie d’échange

Treize étudiants et chercheurs de Gaza ont décroché des bourses dans des universités belges. Ils restent bloqués, faute de visa et d’évacuation, pendant que la N-VA conditionne leur accueil à des concessions sur l’expulsion d’Afghans.

Rassemblement avec des drapeaux palestiniens devant un bâtiment public à Bruxelles, avec le titre : Treize bourses, zéro visa : Gaza, monnaie d'échange

Salwa a 23 ans. Elle vit sous une tente à Gaza avec ses parents, ses frères et ses sœurs. Depuis la mi-septembre, elle devrait suivre un master en sciences de la communication à la KU Leuven, bourse complète en poche. Elle a passé ses entretiens de sélection après avoir parfois marché une heure pour trouver une connexion internet. Elle n’a pas quitté Gaza.

Aïcha est médecin psychiatre. Elle a été choisie parmi plusieurs centaines de candidats pour une bourse de l’ARES en santé publique, à l’ULB. Ahmed, médecin lui aussi, attend un master à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. Ils sont 13 dans ce cas (14 selon la Fédération Wallonie-Bruxelles), sélectionnés par des universités belges au terme de procédures que les recteurs décrivent comme particulièrement exigeantes. Tous ont dit vouloir rentrer ensuite pour reconstruire leur pays.

Aucun d’eux n’est arrivé sur un campus.

Pour demander un visa belge, il faut se présenter en personne au consulat de Jérusalem ou à l’ambassade du Caire. Depuis Gaza, personne ne peut le faire. Et même avec un visa, on ne sort pas de l’enclave sans une évacuation organisée par un État. Cette décision, la Belgique ne l’a pas prise. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot l’a confirmé à la Chambre le 24 septembre, en disant le regretter.

Le 11 septembre, il avait déposé une note au kern. Elle a été retirée faute d’accord. La N-VA, soutenue par le MR, a posé une condition : accueillir les 13 boursiers si les Engagés cèdent sur le renvoi d’Afghans en séjour irrégulier et sur les hubs de retour hors de l’Union européenne. Prévot a parlé de « chantage sur le dos de la misère ». La ministre de l’Asile Anneleen Van Bossuyt a ensuite exposé sa position en commission de l’Intérieur : elle se dit prête à accueillir les 13 en échange d’avancées sur l’expulsion d’une soixantaine d’Afghans condamnés pour des faits graves.

Ses arguments existent, et ils méritent d’être entendus. Le passage en présentiel sert à vérifier l’identité et les documents de qui entre sur le territoire. Une exception crée un précédent, et la file est longue : environ 1.800 personnes détentrices d’un visa belge attendent toujours à Gaza, et 300 autres figurent sur une nouvelle liste. La ministre redoute aussi ce qu’elle appelle « l’effet domino » : des étudiants qui demanderaient l’asile une fois arrivés, puis d’autres jeunes du Yémen, du Soudan, d’Afghanistan.

Les recteurs des dix universités du pays, francophones et flamandes, ont répondu dans une lettre ouverte parue dans De Standaard le 14 septembre. Une procédure de demande à distance existe déjà dans d’autres pays, y compris pour des visas étudiants. Exiger la présence physique dans un lieu inaccessible contredit selon eux un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne rendu en avril 2023 dans l’affaire Afrin. Plusieurs États membres ont évacué des universitaires de Gaza. La Belgique l’a fait elle-même pour des raisons médicales. Salwa, de son côté, a répondu à la ministre en une phrase : « Nous sommes treize personnes réelles, actuellement à Gaza. Notre situation n’a rien d’hypothétique. »

Pièces à l’appui

  • 13 étudiants et chercheurs de Gaza sélectionnés par des universités belges, 14 selon la Fédération Wallonie-Bruxelles (RTBF, 24 septembre 2026).
  • 335 candidats pour 10 bourses de l’ARES en santé publique, dont celle d’Aïcha (RTBF, 24 septembre 2026).
  • Une soixantaine d’Afghans condamnés dont la ministre demande l’expulsion en échange (BX1, 16 septembre 2026).
  • 300 personnes sur la nouvelle liste d’évacuation, environ 1.800 détenteurs d’un visa belge encore à Gaza (BX1, 16 septembre 2026).
  • 10 recteurs signataires de la lettre ouverte du 14 septembre 2026 (VRT NWS, 14 septembre 2026).
  • Arrêt Afrin de la Cour de justice de l’Union européenne, 18 avril 2023, sur l’obligation de présence physique (VRT NWS, 14 septembre 2026).
  • Plus de 150 personnes au rassemblement du 10 septembre 2026 devant le SPF Affaires étrangères (BruxellesToday, 14 septembre 2026).

Ce qui reste, une fois les arguments posés, c’est la méthode. Des vies suspendues dans une zone de guerre sont mises en balance avec des dossiers migratoires qui n’ont aucun rapport avec elles. Les recteurs écrivent que ces personnes ne peuvent être « ni un enjeu de négociation ni une variable d’ajustement ». Elisabeth Degryse, ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a jugé « totalement inacceptable et indigne » l’absence de solution fédérale. Interrogé, le Premier ministre Bart De Wever a constaté que la discussion « n’a pas abouti à des conclusions ».

Le monde académique relève aussi une contradiction. Les gouvernements demandent aux universités de briller à l’international et d’attirer des talents. Quand le talent vient de Gaza, le même gouvernement ferme la porte. Des fonds d’accueil pour chercheurs en danger existent depuis une dizaine d’années à l’ULB et ailleurs, parce que les universités ont toujours été des cibles dans les guerres et les dictatures.

Depuis quelques jours, des Palestiniens de Belgique ont entamé une grève de la faim à Bruxelles pour obtenir l’évacuation de leurs proches. Le 10 septembre, plus d’une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant le SPF Affaires étrangères. Salwa, Aïcha, Ahmed et les autres attendent toujours. Nous ne savons pas si le gouvernement tranchera avant la fin du quadrimestre.

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