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Le Cinquantenaire privatisé pour une soirée américaine

Le parc du Cinquantenaire. Un espace public bruxellois. Un bien commun. Un lieu de promenade, de jeu, de respiration pour des milliers de citoyens et de familles chaque jour.

Le parc du Cinquantenaire. Un espace public bruxellois. Un bien commun. Un lieu de promenade, de jeu, de respiration pour des milliers de citoyens et de familles chaque jour.

Et voilà que du 21 juin au 2 juillet, une société privée mandatée par les États-Unis en contrôlera les accès, sur ordre du conseil communal de la Ville de Bruxelles. Onze jours. Pour une fête d’ambassade. Pour célébrer les 250 ans d’une nation qui, depuis 80 ans, n’a cessé de nous expliquer comment vivre, comment voter, comment consommer, comment mourir.

L’ambassadeur Bill White a eu le toupet de qualifier l’événement de « plus grand événement, le meilleur, le plus incroyable, extraordinaire, phénoménal et fantastique » en dehors de Washington. Du Trump-speak assumé, dans nos rues, avec la bénédiction de nos élus.

Bienvenue dans la colonie.

Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Pas d’une fête. Pas d’une célébration. D’une démonstration de force symbolique dans le coeur de la capitale européenne. Un rappel, souriant, que notre territoire peut être approprié sur simple demande, que nos espaces publics peuvent être fermés à nos propres concitoyens pour le bon plaisir d’une puissance étrangère, et que nos autorités locales n’ont, selon leurs propres termes, « pas la main sur l’événement ».

Ah. Pratique. On signe, on vote l’arrêté de police, on libère le terrain. Et on n’a pas la main.

Mais restons un instant sur ces 250 ans que l’on nous invite à célébrer.

250 ans d’une nation fondée sur l’esclavage et le génocide, qui a projeté sa puissance militaire dans plus de 150 pays depuis 1945. 250 ans de doctrine Monroe, de coups d’État organisés de Santiago à Téhéran, de Kaboul à Bagdad. 250 ans d’ingérences économiques, diplomatiques et militaires qui ont laissé derrière elles des millions de morts, des États déstabilisés, des générations traumatisées.

C’est ce bilan-là que l’on nous demande d’applaudir, depuis notre parc.

Sur le plan européen, les États-Unis ne se sont pas contentés d’être des « alliés ». Ils ont espionné nos dirigeants (merci Snowden), dicté nos politiques industrielles via leurs sanctions extraterritoriales, imposé leurs normes numériques et financières, et aujourd’hui exigent que nous augmentions nos budgets militaires pour acheter leur matériel. Pendant ce temps, ils se retirent des accords climatiques, sanctuarisent leur industrie fossile et sabordent les négociations commerciales dès qu’elles ne leur conviennent pas.

L’ingérence n’est pas une menace hypothétique. C’est le quotidien de nos relations avec Washington.

Et l’environnement dans tout ça ? Des associations réunies autour d’Extinction Rebellion ont demandé au bourgmestre de refuser le permis. Parce qu’un feu d’artifice géant au coeur de Bruxelles, organisé par l’ambassade du pays qui a officiellement abandonné l’Accord de Paris et dont la politique énergétique est une catastrophe planétaire certifiée, c’est plus qu’un manque de goût. C’est une provocation.

Organiser une telle célébration en grande pompe, à l’heure où la pauvreté progresse à Bruxelles, où des familles peinent à payer leur énergie, où nos enfants voient leur futur climatique s’assombrir, c’est un signal politique d’une violence rare.

Alors non. Nous n’allons pas « faire la distinction entre le régime Trump et l’amitié belgo-américaine », comme le suggèrent déjà certains élus pour éteindre les critiques.

Cette distinction est un confort intellectuel qu’on ne peut plus se permettre. Les bombes qui tombent, les traités qu’on saborde, les politiques commerciales qui étranglent nos entreprises, les bases militaires qui jalonnent notre continent comme autant de témoins silencieux d’une tutelle jamais vraiment nommée… tout cela existait avant Trump et existera après lui.

Le problème n’est pas un homme. C’est un système. Une hégémonie. Une arrogance structurelle qui s’exprime aussi, à sa manière, dans la fermeture de notre parc pour une garden party d’ambassade.

Sources :

  1. Bruxellestoday, BX1, La Libre, L’Avenir

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