Le 28 mai 2026, la princesse Elisabeth a reçu son diplôme de la Harvard Kennedy School, dans le Massachusetts. Un master en politiques publiques, centré sur l’analyse, l’économie et le management. Avec ce quatrième titre, elle devient l’héritière au trône la plus diplômée de l’histoire de Belgique.
Son parcours est, il faut le dire, impressionnant : baccalauréat international au Pays de Galles, sciences militaires et sociales à l’École royale militaire, licence en histoire et sciences politiques à Oxford, et désormais ce master américain parmi les plus cotés au monde.
Ses parents, le roi Philippe et la reine Mathilde, ont fait le déplacement pour assister à la cérémonie, en présence de plus de 30.000 personnes.
Rien dans tout cela n’est à lui reprocher à elle, personnellement.
Mais quelque chose mérite d’être dit, tout de même.
La princesse a bénéficié d’une chose que peu d’étudiants peuvent se permettre : le temps. Ses parents lui laissent le temps nécessaire pour grandir et se former. Aucune urgence économique ne vient court-circuiter ses ambitions académiques. Aucune famille à soutenir financièrement. Aucun choix déchirant entre poursuivre et abandonner.
Ce luxe là, celui du temps, n’est pas distribué équitablement dans ce pays.
En Belgique, la réalité d’une grande partie de la jeunesse étudiante est radicalement différente.
Selon une enquête menée en Fédération Wallonie-Bruxelles, 36 % des étudiants de l’enseignement supérieur se trouvent en situation de précarité objective, c’est-à-dire qu’ils font régulièrement face à des difficultés financières et bénéficient d’un ou plusieurs dispositifs d’aide sociale.
Un étudiant en kot a besoin d’environ 10.000 euros par an pour vivre. Un navetteur, de 4.000 euros. Les allocations d’études octroyées ne permettent pas de couvrir ces besoins, en particulier pour les jeunes en situation de précarité.
Et concrètement, cela se traduit par des choix impossibles : faut-il continuer ou travailler pour aider ses parents, sa fratrie, voire ses grands-parents ? Faut-il s’endetter, renoncer, ou se battre avec des moyens que les autres n’imaginent même pas ?
La précarité étudiante entraîne une inégalité des chances de réussite criante : 65 % des étudiants en difficulté financière ratent au moins une année, contre 32 % pour les autres.
Ces écarts ne surgissent pas de nulle part. Ils s’accumulent dès l’enfance.
La Belgique figure parmi les pays affichant les plus forts taux de ségrégation sociale entre écoles et d’inégalité scolaire. Le système de filières oriente tôt, et souvent selon l’origine sociale plutôt que selon le talent réel de l’enfant.
Les chances de réussite en première année de bachelier pour les élèves qui n’ont pas suivi la filière générale sont quatre fois moins élevées. Elles diminuent de 10 % pour les étudiants boursiers et de 30 % pour ceux issus d’une école à indice socio-économique plus bas.
Et au bout du compte, à peine 23 % des étudiants belges finissent leurs études supérieures dans le délai officiel, soit l’un des taux les plus faibles de toute la zone OCDE, contre une moyenne de 43 %.
Il n’est pas question ici de jalousie. Il est question de justice.
Une société qui se dit démocratique ne peut pas tolérer que le parcours académique d’un enfant soit déterminé, dès le départ, par le compte en banque de ses parents. Que certains cumulent les diplômes à Oxford et à Harvard pendant que d’autres doivent choisir entre un kot et une facture de soins pour un proche.
Les conditions de vie inégales des étudiants reflètent les inégalités sociales dans leur ensemble : certaines familles sont dans l’impossibilité totale de soutenir leurs enfants pendant des études supérieures.
Le droit à l’éducation, inscrit dans les textes, reste pour beaucoup une promesse creuse.
Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix politique.
Et ce choix, on peut le faire autrement.
Sources :
- RTBF, Parismatch, VRT, Infor Jeunes, Calepin, Moustique, Inégalités.be

