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Culture, égalité des chances, petite enfance : les autres victimes des coupes de la FWB

Il y a une logique dans les coupes budgétaires. Pas celle qu’on nous vend, celle de la rigueur nécessaire et des sacrifices partagés.

Il y a une logique dans les coupes budgétaires. Pas celle qu’on nous vend, celle de la rigueur nécessaire et des sacrifices partagés. Une autre logique, plus discrète : celle qui désigne, systématiquement, les mêmes secteurs. Et les mêmes personnes.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, le budget 2026 ne fait pas exception. Derrière les tableaux comptables et les pourcentages discrets se dessine une carte de l’abandon. Trois domaines cristallisent ce renoncement : la culture, l’égalité des chances, la petite enfance.

Sur le front culturel, le gouvernement a choisi de ne pas indexer les subsides alloués au secteur. Ce non-choix apparent représente, dans les faits, un effort financier imposé aux opérateurs culturels de près de 10 millions d’euros par an. Dix millions arrachés à des compagnies de théâtre, des centres culturels, des bibliothèques, des associations d’arts plastiques qui travaillent souvent avec des publics éloignés de l’offre culturelle commerciale.

À cela s’ajoute un moratoire sur les agréments et les reconnaissances, valable jusqu’en 2028. Aucun nouveau centre culturel, aucun nouveau centre d’expression et de créativité, aucune nouvelle structure de lecture publique ne pourra être reconnue d’ici là. C’est geler le tissu culturel au moment précis où il faudrait le densifier. Les enveloppes dédiées aux aides ponctuelles et au développement artistique, elles, sont gelées et appelées à diminuer légèrement d’ici 2029.

La culture n’est pas un luxe. C’est un droit. Et quand on prive un quartier populaire de son centre culturel, quand on bloque la reconnaissance d’un espace d’expression porté par une communauté, on ne fait pas une économie. On creuse un fossé.

Du côté de l’égalité des chances, le tableau n’est guère plus réjouissant. L’article budgétaire consacré à la citoyenneté, à l’interculturalité et aux initiatives d’égalité des chances a subi une réduction de 100.000 euros. Le chiffre paraît modeste. Mais il s’inscrit dans un contexte de coupes déjà documentées : encadrement différencié, gratuité scolaire, allocations pour étudiants, hausse annoncée du minerval. Pour les associations d’aide en milieu ouvert (AMO), dont le rôle est précisément d’accompagner les jeunes en situation de vulnérabilité, les enveloppes biennales sont également réduites.

Ce n’est pas une addition de petites coupes. C’est un message : l’ascenseur social ne sera pas réparé.

Et puis il y a la petite enfance. Le secteur de l’accueil traverse une crise que celles et ceux qui y travaillent connaissent depuis longtemps. Des structures ont dû puiser dans leurs réserves pour absorber des pertes de revenus importantes, menaçant la pérennité de plusieurs places d’accueil. Des projets d’extension ont été gelés, alors que le manque de places reste structurel en FWB.

L’enjeu n’est pas seulement logistique. Chaque place de crèche accessible à une famille précaire, c’est une mère qui peut travailler, un enfant qui bénéficie d’une socialisation précoce, une famille qui respire. Le désengagement financier dans ce secteur produit des inégalités réelles, concrètes, durables. Des inégalités qui se mesurent en années de retard scolaire, en trajectoires abîmées dès le départ.

Sur le terrain, dans les écoles et les structures de l’enfance, ces chiffres ont un visage. Celui d’une famille qui n’a pas trouvé de place en crèche. Celui d’un adolescent de quartier qui n’aura pas accès à l’atelier de théâtre qui venait d’ouvrir. Celui d’une association AMO qui doit choisir quels jeunes elle peut encore accompagner.

Il faut dire les choses clairement : ce budget ne frappe pas tout le monde de la même façon. Il frappe celles et ceux qui dépendent des services publics pour accéder à la culture, pour que leurs enfants soient accueillis, pour avoir une chance dans un système scolaire déjà inégalitaire. Il frappe les précaires, les familles populaires, les quartiers qui ont le plus besoin de la collectivité.

Appeler cela de la rigueur budgétaire, c’est un choix de langage. Appeler cela une politique de classe, c’est un choix de lucidité.

Sources :

  1. Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2026-2029, déclaration de politique communautaire
  2. Travaux de la commission budgétaire du Parlement de la FWB, session juin 2026
  3. Secteur culturel et associatif : positions et réactions des fédérations sectorielles (CCA, Lire et Écrire, secteur AMO)
  4. Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) : rapports et communiqués sur les capacités d’accueil

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