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Le visuel du MR sur les peines : ce qu’il ne dit pas

En pleine vague de fusillades, le MR accuse certains partis d’avoir voté contre l’aggravation des peines. Le compte rendu de la Chambre raconte autre chose.

Cette semaine, en pleine vague de fusillades, le MR a publié un visuel sur ses réseaux. On y voit l’hémicycle de la Chambre, un décompte de vote, et ce message: face au crime organisé, certains partis auraient choisi de voter « CONTRE l’aggravation des peines » pour les trafiquants de drogue et d’armes. En dessous, une date discrète: 12 mars.

Commençons par ce qui est exact, parce que c’est important. Le graphique est juste. Le 12 mars 2026, la Chambre a adopté par 100 voix contre 30 le projet de loi aggravant les peines en matière de trafic de drogue, de trafic d’armes, d’organisation criminelle et de blanchiment. Le PS et le PTB ont voté contre, DéFI aussi. Personne ne conteste ce décompte, et nous ne sommes pas là pour réécrire un vote.

Nous sommes là pour ce que le visuel ne dit pas. Et pour le savoir, il suffit d’ouvrir un document public: le compte rendu intégral de la séance, disponible sur le site de la Chambre. Nous l’avons lu.

Que disaient les opposants ce jour-là? Le député PS Khalil Aouasti n’a pas défendu les trafiquants. Il a pointé un mécanisme précis: la conversion automatique des anciennes peines vers les niveaux du nouveau Code pénal. Conséquence, selon lui, pour la simple consommation de cannabis: « On passe de trois mois à trois ans » de peine minimale. Son argument tenait en une ligne: dans un pays aux prisons saturées, où chacun sait qu’une addiction se soigne plutôt qu’elle ne s’enferme, alourdir mécaniquement les peines des consommateurs manque la cible.

Le PTB, par la voix de Julien Ribaudo, a ouvert son intervention en reconnaissant « un véritable problème de criminalité organisée », singulièrement autour du trafic de drogue. Sa critique portait ailleurs: ce qui dissuade les réseaux, rappelait-il en citant la recherche criminologique, tient moins à la lourdeur des peines qu’à la probabilité d’être arrêté, poursuivi et condamné. Or, chiffres budgétaires à l’appui: le budget du Commissariat national aux drogues n’augmentait que de moins de 2 %, celui des peines alternatives restait inchangé, celui du personnel des juridictions ordinaires diminuait. Des lois plus sévères, concluait-il, sans donner à la justice les moyens de les appliquer.

Soyons honnêtes jusqu’au bout, la ministre de la Justice a répondu. Pour Annelies Verlinden, l’augmentation des minima n’est pas un durcissement délibéré visant les consommateurs mais une conséquence technique des règles de conversion, et le juge reste libre d’infliger une peine plus légère ou alternative. C’est aussi exactement ce que l’opposition lui reprochait: quand une loi produit des peines manifestement excessives, c’est au législateur de les corriger, pas au juge de rattraper le texte.

Cinq mois plus tard, que reste-t-il de ce débat? Comme nous l’avons expliqué hier, le procureur du Roi de Bruxelles, vendredi dernier, a plaidé pour une réponse sanitaire plutôt que carcérale pour les consommateurs, en expliquant que les mettre en prison n’aurait aucun sens. Il a aussi révélé que 81 condamnations avaient été suspendues faute de place dans les prisons. Voilà la réalité que le vote de mars recouvrait déjà: une sévérité affichée sur le papier, des peines qu’on ne peut pas exécuter, et des enquêteurs qu’on attend toujours. Le débat parlementaire de mars portait précisément là-dessus. Pas sur l’opportunité de protéger les barons de la drogue.

Transformer ce débat en « regardez qui vote contre la fermeté », cinq mois après, au moment exact où les balles sifflent à Saint-Gilles et à Anderlecht, c’est une opération de communication, pas une information. Des lecteurs attentifs l’avaient d’ailleurs relevé sous la publication même du MR, sources parlementaires à l’appui. Quand vos propres abonnés doivent rétablir le contexte de vos visuels, c’est peut-être que le visuel avait un problème.

On peut parfaitement estimer que le PS, le PTB et DéFI auraient dû voter ce texte malgré leurs objections. Nous avons notre avis sur cette question : un texte qui durcit les peines sans donner les moyens pour appliquer cette politique n’est pas un bon texte. Mais c’est un débat légitime, et il mérite d’être mené. Avec les arguments réels des uns et des autres. Pas avec un graphique amputé de tout ce qui le rendait compréhensible.

Depuis trois articles, nous documentons la même chose sous des angles différents: l’écart entre le spectacle sécuritaire et les moyens réels. Un président de parti qui transforme une crise en clip. Des coupes dans la prévention pendant que tout le monde en réclame. Et maintenant un vote de mars recyclé en preuve de trahison. Pendant ce temps, le procureur attend ses 80 enquêteurs. Eux, personne ne les a encore mis dans un visuel.

Sources :

  1. Chambre des représentants, compte rendu intégral de la séance plénière du 12 mars 2026 (CRIV 56 PLEN 097), discussion générale et vote du projet de loi DOC 56 1163
  2. Loi du 16 mars 2026 visant à aggraver les peines en matière de trafic de drogue, de trafic d’armes, d’organisation criminelle et de blanchiment, Moniteur belge
  3. Publication Facebook du MR, fin août 2026
  4. Communiqué de la ministre de la Justice Annelies Verlinden, 26 février 2026
  5. La Libre, « Les trois obstacles du parquet de Bruxelles dans la lutte contre les fusillades », 28 août 2026
  6. La Libre, « « Il y a des risques pour les citoyens » : Julien Moinil fait le point sur les 69 fusillades depuis le début de l’année et réclame des moyens », 28 août 2026

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