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Indexation en centimes : les profs paient encore la note

Le barème des enseignants a reculé sur les fiches de paie de septembre. Le salaire ne baisse pas, mais le plafonnement fédéral de l’indexation crée une perte définitive qui suit jusqu’à la pension, découverte sans explication préalable.

Pancarte de manifestation : L'éducation n'est pas une dépense, c'est un investissement, avec le titre : Indexation en centimes : les profs paient encore la note

Vendredi, les enseignantes et les enseignants ont reçu leur fiche de paie de septembre. Pour une bonne partie d’entre eux, le chiffre du barème annuel avait reculé. Pas de beaucoup. Mais sur une ligne que personne n’avait jamais vue descendre.

Il n’a pas fallu une heure pour que les groupes Signal et WhatsApp s’enflamment. On y lisait « baisse de salaire », « vol », et des appels à la grève dès lundi.

Commençons par ce qui tient debout, parce que cette colère mérite mieux qu’une rumeur. Le salaire brut mensuel n’a pas baissé, il a même augmenté. Le net ne recule pas non plus. Et les calculs de l’administration sont justes, au centime près.

Ce qui a changé, c’est la façon d’indexer.

Le gouvernement fédéral De Wever a décidé de plafonner l’indexation des salaires en 2026, puis une nouvelle fois en 2028. Au-delà de 4.000 euros bruts par mois, l’indexation de 2% ne porte plus que sur les 4.000 premiers euros. Pour un salaire plus élevé, l’augmentation s’arrête donc à 80 euros bruts. Pour appliquer cette règle aux enseignants sans créer un index différent pour chaque personne, la Fédération Wallonie-Bruxelles a gardé l’index commun et a raboté le barème de chacune et chacun. Voilà pourquoi le chiffre recule.

La RTBF a publié un exemple concret. Un enseignant touchait 4.922,10 euros bruts en août. Avec une indexation complète, il serait passé à 5.020,55 euros. Il touche 5.002,10 euros. Soit 18,45 euros bruts de moins, chaque mois.

18 euros, dira-t-on. Sauf que cet argent ne reviendra jamais, puisqu’aucun rattrapage n’est prévu. La perte se reporte sur le pécule de vacances et sur la prime de fin d’année, et le plafond de 2028 viendra s’y ajouter. La CSC estime qu’une personne payée 5.000 euros bruts perdra environ 23.500 euros sur 30 ans.

Cette perte suit jusqu’à la pension. La pension d’un enseignant nommé se calcule sur le traitement de ses dernières années de carrière : un traitement durablement plus bas donne une pension plus basse. Et une fois pensionné, on recommence. Les pensions supérieures à 2.000 euros bruts ne seront plus indexées que partiellement. Quant à la péréquation, qui faisait suivre aux pensions publiques l’évolution des salaires des actifs, elle est supprimée.

Il faut reconnaître au gouvernement son meilleur argument. Sous 4.000 euros bruts, l’indexation reste complète. Les jeunes enseignants, beaucoup de temps partiels et une bonne partie du personnel ouvrier et administratif ne perdent rien cette fois-ci. La Fédération rappellera aussi qu’elle revalorise de 5% le barème des futurs enseignants formés en 4 ans, à partir de 2027. Présentée ainsi, la mesure a presque l’air équitable.

Regardons qui se trouve au-dessus du seuil. D’après la CSC, 4.000 euros bruts représentent environ 2.600 euros nets. Dans l’enseignement, c’est le salaire d’une prof qui a quelques années de carrière derrière elle. Elle n’a rien d’une privilégiée. Elle paie un loyer ou un crédit à Bruxelles, Liège ou Charleroi, et elle voit ses classes grossir d’année en année. Pendant ce temps, les revenus du patrimoine ne dépendent d’aucun index et personne ne songe à les plafonner. La modération retombe encore sur celles et ceux qui vivent de leur travail.

La critique ne vient pas seulement de la gauche. En avril, le Groupe des 10, qui réunit syndicats et organisations patronales, a demandé d’une seule voix la suppression de ces sauts d’index partiels. Il les juge socialement injustes et compliqués à appliquer. Le gouvernement fédéral a transmis la proposition au Bureau du Plan. Le plafond, lui, est bien arrivé sur les fiches de paie.

Reste la question politique. Interrogée par la RTBF, la ministre de l’Éducation Valérie Glatigny (MR) parle de « l’adaptation nécessaire à la mise en œuvre de la décision du fédéral ». Le fédéral a bon dos. Le MR de Valérie Glatigny et Les Engagés de la ministre-présidente Elisabeth Degryse siègent tous les deux dans la majorité Arizona, celle qui a décidé ce plafond. Les partis qui gouvernent la Fédération sont les mêmes qui l’ont voulu à l’échelon fédéral.

Le calendrier pose aussi question. Le plafonnement figurait dans l’accord budgétaire fédéral de l’automne 2025. Le gouvernement de la Fédération a adopté sa transposition le 17 juillet et l’a transmise aux syndicats le 20 août. Les enseignants, eux, l’ont découverte sur leur fiche de paie. Le cabinet promet une « communication formelle d’explication » en début de semaine prochaine. Après coup, donc.

Cette communication devra répondre à des questions précises. La réduction de barème suit-elle l’enseignant quand il passe à l’échelon d’ancienneté suivant ? Comment se combinera-t-elle avec le plafond de 2028 ? Sur quelle base légale repose-t-elle ? La CGSP Enseignement parle d’un « procédé illégal », estimant qu’une modification des barèmes exigerait une décision légale en bonne et due forme. Ce sera aux juristes de trancher. En attendant, le personnel a droit à une réponse publique.

Tout cela tombe sur un secteur à bout. En 2025, la Fédération avait déjà décidé d’indexer les enseignants avec un mois de retard, pour économiser environ 10 millions d’euros à chaque indexation. Le 5 juin, le décret-programme a été voté après 14 heures de débat : classes plus grandes, moins d’encadrement pour les élèves à besoins spécifiques. L’opposition a dénoncé le non-respect du délai de 84 heures entre le vote en commission et le vote en séance, ainsi que le blocage du renvoi d’un amendement au Conseil d’État. La constitutionnaliste Céline Romainville (UCLouvain) avait déclaré : « À ma connaissance, il n’y a jamais eu de violation aussi flagrante du règlement du Parlement ». Un recours est aujourd’hui pendant devant la Cour constitutionnelle.

Le collectif Mars Attacks appelle à un arrêt de travail ce lundi 28 septembre. On peut discuter de la stratégie. On ne peut pas reprocher aux enseignants d’avoir perdu patience. Nous ne connaissons aucun métier en pénurie qu’on ait réussi à rendre attractif en rabotant, mesure après mesure, ce qu’on doit à celles et ceux qui l’exercent.

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