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Johan Vande Lanotte et Electrawinds

Après Arco côté flamand catholique, un autre dossier flamand, cette fois du côté socialiste.

Après Arco côté flamand catholique, voici un autre dossier flamand, cette fois du côté socialiste, qui mérite amplement sa place dans cette rétrospective. Il concerne Johan Vande Lanotte, figure historique du sp.a, plusieurs fois vice-premier ministre, et l’entreprise d’énergie verte Electrawinds.

L’histoire commence de façon presque banale. Electrawinds se développe dans l’éolien, le solaire et la biomasse, avec le soutien de la Région flamande, qui investit via ses véhicules publics, la Gimv et la PMV, dans cette entreprise présentée comme un fleuron de la transition énergétique. Mais très vite, les journalistes d’investigation de la VRT découvrent que l’homme qui préside Electrawinds n’est autre que Johan Vande Lanotte, au moment même où il occupe la fonction de ministre de l’Économie, des Consommateurs et de la Mer du Nord au niveau fédéral, en plus d’être conseiller communal à Ostende et président du port de la ville. Un livre d’enquête, De keizer van Oostende, révèle en détail comment ce même homme a mis en place, en tant que ministre, un système de certificats verts et des règles fiscales spécifiques pour les parcs éoliens, tout en compliquant l’accès à la concurrence pour d’autres acteurs du secteur, notamment Electrabel. Le même homme qui écrit les règles du jeu est celui qui dirige l’une des entreprises qui en profite le plus directement.

Vande Lanotte a toujours nié tout conflit d’intérêt et a menacé de poursuivre en justice ceux qui l’accusaient d’avoir favorisé sa propre entreprise. Mais les faits parlent tout de même d’eux mêmes. Fin 2012, Electrawinds se retrouve en grave difficulté financière. L’entreprise a également créé une coopérative citoyenne, Groenkracht, présentée aux petits épargnants comme un moyen d’investir dans l’énergie verte locale. Dans les faits, cet argent a presque exclusivement servi à financer les propres projets d’Electrawinds, avec des prêts subordonnés risqués. Des administrateurs de l’entreprise avaient eux-mêmes investi massivement, avec de l’argent emprunté, ce qui leur donnait un intérêt financier direct à orienter les fonds de la coopérative vers leur propre société plutôt que vers d’autres projets plus sûrs.

Quand l’effondrement survient, la facture est lourde. 150 millions d’euros d’argent frais sont nécessaires pour éviter la faillite pure et simple, en partie financés par des fonds publics flamands, la Vlaamse Energieholding et la PMV. Finalement, la majorité des activités éoliennes est reprise par l’intercommunale wallonne TECTEO, devenue depuis Publifin, pour la somme symbolique d’un euro, moyennant reprise des dettes bancaires. Les petits coopérateurs de Groenkracht récupèrent environ 86 % de leur mise, ce qui reste très supérieur à ce qu’ont obtenu d’autres catégories d’épargnants belges dans des situations comparables, preuve que là encore, être organisé autour d’un pouvoir politique change fondamentalement la donne.

Ce dossier illustre un mécanisme que l’on retrouve, hélas, dans beaucoup trop d’affaires belges : la confusion permanente entre fonction publique et intérêts privés, où celui qui décide des règles du jeu est en même temps celui qui en bénéficie. Il montre aussi comment la transition énergétique, un enjeu pourtant essentiel pour l’avenir collectif, peut être détournée de son objectif réel quand elle sert d’abord à alimenter des réseaux d’influence plutôt qu’une réelle politique climatique au service de tous. L’écologie mérite mieux que des ministres qui se transforment en patrons d’entreprise subventionnée par leurs propres décisions.

Sources :

  1. RTBF, Empereur d’Ostende, Johan Vande Lanotte contre-attaque
  2. RTBF, Ile énergétique en Mer du Nord, Johan Vande Lanotte espère boucler le projet
  3. Trends-Tendances, Electrawinds kost u 150 miljoen euro

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