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Sihame El Kaouakibi et Let’s Go Urban

Un dossier flamand qui reste à ce jour non tranché par la justice, et qui doit donc être traité avec la prudence qui s’impose.

Cet avant-dernier épisode nous emmène en Flandre, avec un dossier qui reste à ce jour non tranché par la justice et qui doit donc être traité avec la prudence qui s’impose. Il concerne l’ancienne députée flamande Sihame El Kaouakibi, fondatrice de l’ASBL Let’s Go Urban, un projet social et une école de danse destinés aux jeunes défavorisés d’Anvers, et les soupçons de fraude aux subsides qui pèsent sur elle depuis 2021.

Let’s Go Urban est fondée le 23 décembre 2011. Le projet gagne rapidement en notoriété grâce à son travail auprès de la jeunesse anversoise en difficulté, et bénéficie au fil des années de subsides publics conséquents, notamment de la Ville d’Anvers et de la Communauté flamande. Sihame El Kaouakibi devient par ailleurs députée flamande pour l’Open VLD, tout en siégeant, selon la presse flamande, au sein d’une commission chargée de rendre des avis sur l’octroi de certains subsides, une situation qui pose en elle-même une question de principe sur la séparation entre fonction publique et intérêts privés.

Le 27 novembre 2020, trois administrateurs de l’ASBL, insatisfaits du manque de transparence comptable, commandent un audit indépendant au bureau i-Force. Le rapport, daté du 21 janvier 2021, met au jour un enchevêtrement financier entre Let’s Go Urban et plusieurs autres ASBL et sociétés privées liées à El Kaouakibi. Les révélations de presse qui suivent, au printemps 2021, évoquent la disparition présumée de près de 450.000 euros de subsides versés par la Ville d’Anvers, ainsi qu’une subvention de 320.000 euros accordée en 2017 par le ministre flamand Sven Gatz, pour laquelle aucune facture n’aurait jamais été produite. Selon les estimations rapportées par la presse à l’époque, environ un million d’euros aurait été utilisé à des fins personnelles à travers l’ensemble des structures liées à El Kaouakibi. Le 9 avril 2021, le tribunal de l’entreprise d’Anvers désigne un administrateur provisoire pour l’une de ses sociétés, WannaWork, à la demande du curateur d’une autre société liée à El Kaouakibi, déjà en faillite. Depuis lors, Let’s Go Urban et les autres structures de l’entrepreneuse ont toutes fait aveu de faillite.

Sur le plan judiciaire, le dossier progresse lentement. La chambre du conseil d’Anvers renvoie finalement Sihame El Kaouakibi, son compagnon et l’ASBL Let’s Go Urban devant le tribunal correctionnel pour faux en écriture et fraude aux subsides au préjudice de la Ville d’Anvers et de la Communauté flamande. La Communauté flamande interjette toutefois appel de ce renvoi, ce qui reporte le dossier devant la chambre des mises en accusation, laquelle rend son arrêt le 29 avril 2025, déclarant l’appel des autorités flamandes irrecevable et confirmant le renvoi initial. La Communauté flamande porte alors l’affaire devant la Cour de cassation, qui confirme à son tour cette décision en septembre 2025. Le 6 janvier 2026, une audience d’introduction fixe enfin les dates du procès pénal, qui doit se tenir les 1er et 2 octobre 2026 devant le tribunal correctionnel d’Anvers.

Il faut le souligner avec la même honnêteté que pour chacune des affaires précédentes de cette série : à ce stade, aucune condamnation n’a été prononcée, et Sihame El Kaouakibi conteste une partie des accusations portées contre elle, expliquant notamment ne pas avoir eu suffisamment de temps pour organiser sa défense plus de trois ans après les faits allégués. La présomption d’innocence s’applique à elle comme à n’importe quel autre prévenu, et le verdict du procès d’octobre 2026 sera déterminant pour établir ce qui, dans ce dossier, relève de faits avérés.

Ce qui rend malgré tout ce dossier particulièrement révoltant sur le plan des principes, indépendamment de son issue judiciaire, c’est la nature même des fonds concernés. Il ne s’agit pas de l’argent d’une intercommunale ou d’une banque, mais de subsides destinés explicitement à des jeunes issus de milieux précarisés, dans une ville où les besoins sociaux restent immenses. Si les soupçons venaient à être confirmés par la justice, cette affaire illustrerait une forme de détournement particulièrement cynique, celle qui utilise le langage de l’inclusion et de l’aide à la jeunesse défavorisée comme vitrine pour un enrichissement personnel. Elle mérite, à ce titre, exactement la même vigilance et la même rigueur d’analyse que n’importe quelle autre affaire de cette rétrospective, sans complaisance, mais aussi sans anticiper un verdict qui n’a pas encore été rendu.

Sources :

  1. VRT NWS, Proces tegen Sihame El Kaouakibi over subsidiefraude zal in oktober plaatsvinden
  2. La Libre, Let’s Go Urban, la chambre des mises en accusation se prononcera le 1er avril sur l’affaire El Kaouakibi
  3. Het Laatste Nieuws, De vraag van 589.000 euro, fraudezaak tegen Sihame El Kaouakibi komt voor rechter

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