Il existe une affaire, côté flamand, qui mérite d’être connue aussi largement que Publifin l’est devenue côté francophone. Elle concerne Arco, le bras financier du Mouvement ouvrier chrétien flamand, et elle montre à quel point un parti peut, quand il est au pouvoir, transformer l’appareil d’État en filet de sécurité pour ses propres réseaux.
Arco est une société coopérative dans laquelle environ 800.000 particuliers, en très grande majorité des travailleurs flamands proches du mouvement chrétien, ont investi leur épargne. On leur avait présenté cela comme un placement sûr, presque équivalent à un compte en banque. En réalité, il s’agissait d’actions, donc d’un investissement à risque, et la quasi-totalité de cet argent a été placée dans la banque Dexia. Quand Dexia s’effondre en 2008, sous le poids de la crise financière internationale, la valeur de ces parts s’effondre avec elle.
C’est là que l’histoire devient un véritable scandale d’État. Le gouvernement Leterme décide, en 2011, d’étendre aux coopérateurs d’Arco la garantie publique jusque-là réservée aux dépôts bancaires classiques, plafonnée à 100.000 euros. Une décision qui, sur le papier, protège de petits épargnants. Sauf que ces épargnants n’étaient pas de simples clients d’une banque, mais les membres d’un réseau politique précis, et que la mécanique de cette garantie a été rédigée par Arco elle-même. Des documents confidentiels révélés en 2013 par le quotidien flamand De Morgen montrent que la direction d’Arco a littéralement écrit les arrêtés royaux organisant cette garantie, avant de les envoyer directement au cabinet du premier ministre. La direction d’Arco l’a reconnu par écrit au syndicat chrétien ACV, preuve qu’il ne s’agit pas d’une rumeur mais d’un fait établi.
La Commission européenne, puis la Cour de justice de l’Union européenne, finissent par trancher : cette garantie constitue une aide d’État illégale, jamais notifiée dans les règles à l’Europe. La Belgique doit alors trouver une solution de rechange, financée en partie par la vente de participations dans Belfius, en partie par la liquidation des sociétés du groupe Arco, et en partie par une contribution de beweging.net, l’héritier de l’ancien Mouvement ouvrier chrétien. La facture totale avoisine les 600 millions d’euros, financée en bonne partie par l’ensemble des contribuables belges, tandis que les coopérateurs eux-mêmes ne devaient récupérer qu’environ 40 % de leur mise, une somme qu’ils attendent encore.
Ce qui rend cette affaire particulièrement révoltante, ce n’est pas seulement le montant. C’est le mécanisme lui-même. Pendant que quelque 800.000 coopérateurs organisés autour d’un pilier politique obtenaient une garantie taillée sur mesure, d’autres catégories d’épargnants belges, tout aussi nombreuses, n’ont jamais rien obtenu de comparable pour leurs propres pertes financières. Dans le même temps, le précompte mobilier sur l’épargne ordinaire des Belges a été relevé de 15 % à 30 % au fil des années suivantes selon la fiscalité applicable. Ce n’est pas un hasard si les seuls épargnants entendus par l’État sont ceux qui disposaient d’un relais politique organisé, alors que les épargnants isolés, sans structure ni parti pour porter leur voix, restent la variable d’ajustement silencieuse de toutes les politiques d’austérité.
Cette affaire mérite d’être connue partout en Belgique, francophone comme flamande, parce qu’elle illustre exactement le même mécanisme que Publifin ou que tant d’autres scandales de ce pays : un parti qui capture les instruments de l’État pour protéger ses propres réseaux, pendant que les citoyens ordinaires, eux, n’ont jamais ce genre de filet.
Sources :
- RTBF, Le dossier Arco pour les nuls
- La Libre, Arco-ACW : les frontières morales et politiques ont été transgressées pour la N-VA
- VRT NWS, L’accord Arco rejeté par la Cour européenne de Justice
- Courrier hebdomadaire du CRISP, Le dossier Arco
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