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Optima Bank, la Flandre et ses cercles

Après Publifin en Wallonie, la Flandre a connu son propre exemple de porosité entre pouvoir politique et pouvoir financier, à Gand.

Après Publifin en Wallonie, la Flandre a connu son propre exemple de porosité entre pouvoir politique et pouvoir financier, avec l’affaire Optima Bank, à Gand. Elle montre comment un même petit cercle de personnalités politiques et d’affaires peut se retrouver mêlé à un effondrement bancaire retentissant, sans que cela empêche, des années plus tard, un verdict étonnamment clément pour certains des principaux intéressés.

Tout commence en 1991, quand Jeroen Piqueur fonde Optima, une société de gestion de patrimoine pour clients fortunés. En décembre 2011, l’entreprise rachète les activités bancaires d’Ethias et obtient ainsi le statut de banque. Le même mois, le libéral Geert Versnick, à l’époque député provincial de Flandre-Occidentale en charge de l’aménagement du territoire, devient administrateur d’Optima. Peu après, Luc Van den Bossche, ancien vice-premier ministre socialiste flamand, devient directeur général d’Optima Bank. Autour d’eux gravite aussi Daniël Termont, bourgmestre sp.a de Gand pendant de nombreuses années, dont les liens personnels avec Piqueur, un discours prononcé à son mariage, des soirées sur le même bateau à Cannes, susciteront eux aussi des questions.

La suite est celle d’un effondrement classique mais spectaculaire. Le 30 janvier 2012, l’inspection spéciale des impôts perquisitionne les bureaux d’Optima. En septembre 2014, la banque annonce l’arrêt progressif de ses activités bancaires. Le 15 juin 2016, le tribunal de commerce de Gand prononce la faillite d’Optima Bank. Selon l’enquête, une centaine de millions d’euros auraient été détournés vers des montages au Liechtenstein, en Suisse, au Luxembourg et aux Pays-Bas. En juillet 2016, deux commissions d’enquête sont mises en place, l’une à la Chambre, l’autre au conseil communal de Gand, précisément pour examiner les liens entre Piqueur et ces personnalités politiques locales.

Le procès pénal, lui, mettra près de dix ans à s’ouvrir, tant le dossier était volumineux. Le ministère public réclamait cinq ans de prison, une amende de 250.000 euros et la confiscation de 32,8 millions d’euros contre Piqueur, ainsi que six mois de prison avec sursis contre Van den Bossche. Le verdict, rendu les 30 et 31 mars 2026, s’est révélé plus nuancé que prévu. Jeroen Piqueur écope de deux ans de prison avec sursis, d’une amende de 400.000 euros et d’une confiscation ramenée à environ quatre millions d’euros, très loin des 32,8 millions initialement réclamés, ainsi que d’une interdiction professionnelle de dix ans. Son fils Ruben reçoit dix-huit mois avec sursis. Luc Van den Bossche, quant à lui, n’est reconnu coupable que d’exercice illégal de la profession d’agent immobilier, une infraction largement administrative, et écope d’une simple amende de 3.000 euros avec sursis. Il est acquitté des soupçons plus graves qui pesaient sur lui.

Ce dénouement mérite d’être souligné avec honnêteté. Ce n’est pas un cas où la justice s’est montrée complaisante envers un ancien ministre par pur copinage, le tribunal a distingué précisément ce qui pouvait être prouvé de ce qui ne pouvait pas l’être. Mais l’affaire reste révélatrice d’un mécanisme plus large. Un élu provincial responsable de l’aménagement du territoire qui devient administrateur d’une banque active dans l’immobilier, un ancien vice-premier ministre qui en devient le patron, un bourgmestre qui festoie avec le principal actionnaire, tout cela dessine un petit monde où les frontières entre argent privé et fonction publique s’effacent d’elles-mêmes, sans qu’il soit même nécessaire de prouver une infraction pénale pour que le problème démocratique existe. Pendant que des milliers de clients ordinaires perdaient une partie de leur épargne, ce sont des personnalités bien introduites qui ont côtoyé de près, socialement et professionnellement, les dirigeants de la banque en faillite. C’est cette proximité structurelle, plus encore que les condamnations individuelles, qui devrait continuer à interroger notre rapport à la frontière entre pouvoir politique et pouvoir financier.

Sources :

  1. VRT NWS, Optima uitspraak, 30 mars 2026
  2. Belga News Agency, Optima Bank fraud trial: former CEO fined 400.000 euros
  3. VRT NWS, Zaak Optima: Jeroen Piqueur en Luc Van den Bossche naar correctionele rechtbank
  4. Newsmonkey, L’affaire Optima pour les nuls

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