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Le Samusocial dans une série sur l’espoir : explication

Le Samusocial figurait dans notre dossier sur les scandales, et il l’avait mérité. Pourquoi le faire entrer aujourd’hui dans une série sur l’espoir ? Explication.

Cette page a consacré un dossier entier aux scandales de corruption qui ont marqué le pays. Le Samusocial y figurait, et il l’avait mérité.

Le faire entrer aujourd’hui dans une série intitulée « L’espoir existe » demande donc une explication. La voici.

Depuis neuf ans, quand on parle du Samusocial dans ce pays, on parle de jetons de présence. De deux mandataires socialistes déchus. D’une commission d’enquête. On ne parle presque jamais de ce que fait cette maison, tous les jours, avec des équipes qui n’ont jamais touché un centime de ces jetons.

Alors commençons par le travail.

En 2025, la permanence téléphonique du Samusocial a traité 48.638 appels. Derrière chacun, quelqu’un a décroché. Une personne à la rue qui cherche un lit. Un passant inquiet pour quelqu’un qu’il vient de croiser. Un hôpital qui ne sait pas où adresser un patient qu’il ne peut plus garder. Un CPAS à bout de solutions. Une femme qui vient de fuir son domicile avec ses enfants.

La même année, 56.951 demandes d’hébergement en centre d’urgence ont été enregistrées. Et chaque mois, plusieurs milliers ont dû être refusées faute de place.

Les équipes mobiles ont fourni 23.402 prestations en rue, auprès de 2.732 personnes différentes. Il ne s’agit pas de distribuer des couvertures. Chaque équipe est pluridisciplinaire : un chauffeur, un infirmier ou une infirmière, un travailleur ou une travailleuse sociale, parfois un psychologue. L’infirmier évalue l’urgence médicale et pose un premier diagnostic. Le travailleur social tente de renouer un lien, d’aider la personne à formuler une demande si elle le souhaite, de trouver une réponse immédiate. Le psychologue intervient dans ce que l’association appelle la maraude psy, destinée aux personnes les plus désocialisées, celles que plus personne n’atteint.

Relisez la formulation employée par l’institution : aider la personne à formuler une demande si elle le souhaite. Pas lui imposer un parcours. Pas conditionner l’aide à sa docilité. Trente ans de travail de rue tiennent dans cette nuance.

Le travail de maraude ne se limite pas à la nuit. Une maraudeuse de jour expliquait dans un rapport de l’association qu’elle assurait surtout le suivi de personnes déjà connues, en profitant des heures d’ouverture des services partenaires pour les accompagner dans leurs démarches. Elle ajoutait ceci, qui mériterait d’être affiché dans tous les guichets du pays : débloquer une situation administrative complexe a souvent un effet très positif sur l’estime de soi des personnes accompagnées, et leur permet d’envisager de nouvelles perspectives. Remplir un formulaire correctement peut donc être un acte de soin.

Les équipes se déplacent désormais aussi à vélo électrique, pour circuler dans les zones piétonnes et les parcs. Elles travaillent avec d’autres acteurs, dont les agents de maraude sociale de la STIB, dans le cadre du dispositif Includo. Les gens sans abri ne se concentrent pas dans un périmètre commode. Ils sont dans les couloirs de métro, sous les auvents, dans les squares, aux abords des gares.

Côté hébergement, 11.383 personnes ont été accueillies en 2025 au sein de 16 dispositifs distincts. Ce chiffre de 16 défait à lui seul l’image du dortoir unique. Il y a le centre d’accueil d’urgence de première ligne. Il y a des centres dédiés aux familles. Et il y a des structures beaucoup plus spécialisées.

La MediHalte, par exemple. Un centre résidentiel ouvert 24 heures sur 24, doté d’infrastructures médicales et paramédicales et d’un service social, qui accueille des personnes sans abri malades, celles qui sortent d’hôpital sans domicile où convalescer. Un rapport d’activité indiquait qu’environ la moitié des admissions provenaient du réseau hospitalier IRIS, et que plus des deux tiers des personnes hébergées étaient suivies pour au moins deux pathologies. Le même rapport signalait que les admissions pour cancer avaient triplé en quelques années.

Dans cette ville, des gens vivent des cancers dans la rue. Et l’institution qui les recueille pour qu’ils ne meurent pas sur un trottoir est celle que le débat public réduit à une histoire de jetons de présence.

Il y a aussi Step Forward, programme Housing First destiné aux 18 à 25 ans, dont nous avons parlé dans l’article précédent. Casa Resalto et Issue, formes d’hébergement de transit en logements partagés ou individuels.

Et il y a les dispositifs nés directement de l’observation du terrain, qui sont peut-être le meilleur indicateur de la santé d’une institution.

Au printemps 2025, face à la présence croissante de mineurs non accompagnés en errance aux abords de la gare du Midi, la Maison Alif a ouvert. Douze places, un fonctionnement dit à bas seuil, pour des adolescents vivant dans une précarité extrême et souvent pris dans des réseaux de traite des êtres humains. Douze places face au problème, c’est dérisoire. Douze places, c’est aussi douze enfants qui ne dorment pas dehors et qui échappent à des gens dont c’est le métier de les exploiter.

À l’automne 2025, l’association lançait une campagne sur les enfants sans abri, autour d’un constat qu’il faut lire lentement : une personne sur quatre hébergée par le Samusocial est un enfant. La campagne a porté. Début 2026 s’ouvrait un nouveau dispositif de transition pour familles, baptisé ELAN, pour Espace de Logement et d’Accompagnement pour un Nouveau départ.

En février 2025, l’association a mis en service une application web destinée à fluidifier les demandes d’hébergement et, selon ses termes, à garantir plus d’équité dans l’attribution des places. Quand il y a moins de lits que de demandes, quelqu’un décide qui dort dedans. Formaliser cette décision, la rendre traçable, la soustraire à l’arbitraire du moment : c’est une question de dignité autant que de gestion.

La même année démarrait un projet-pilote de réduction des risques liés à l’alcool. L’institution le justifie en disant vouloir accompagner sans jugement, en reconnaissant les consommations comme une réalité du terrain plutôt que comme une faute à corriger. La même philosophie que le Housing First : on n’exige pas des gens qu’ils soient réparés avant d’avoir droit à de l’aide.

Au bout de tout ça, en 2025, 2.159 personnes ont pu être orientées vers une solution de sortie de rue.

Deux mille cent cinquante-neuf personnes qui ne dorment plus dehors. Aucun plan stratégique n’a produit ce résultat. Aucune déclaration de politique générale non plus. Il a été produit par des gens qui ont fait des dizaines de milliers d’heures de terrain, de nuit, en hiver, dans des cages d’escalier et sous des ponts.

Ce travail coûte quelque chose à ceux qui l’exercent, et l’institution a choisi de le dire.

Le Samusocial a publié il y a quelques années une série de témoignages de ses propres travailleurs sur un sujet que la plupart des employeurs préfèrent taire : la mort. Le coordinateur des équipes mobiles, une référente psycho-médico-sociale du centre pour hommes isolés, la coordinatrice de Step Forward y racontaient chacun comment on continue à travailler quand les personnes qu’on accompagne meurent. Peu d’institutions laissent leurs salariés parler publiquement de ça.

Elle refuse aussi le triomphalisme. Dans la présentation de son rapport 2025, elle écrit que la saturation du réseau d’accueil fragilise les bénéficiaires comme les équipes, dépassées en première ligne par des besoins toujours plus complexes, et que l’incapacité structurelle à offrir un accueil digne est devenue une réalité quotidienne. Elle rapporte qu’en août 2025, en une seule journée, il a fallu refuser l’accueil à 100 personnes en famille.

Cent personnes. En un jour.

Gardez ces chiffres en tête. C’est de ces équipes qu’il est question quand on parle de couper.

Revenons à 2017.

Le 31 mai, la presse révèle que plusieurs administrateurs de l’asbl Samusocial perçoivent des jetons de présence pour leur participation aux réunions du bureau. Selon la RTBF, environ 350.000 euros auraient été répartis entre douze administrateurs. Selon les informations parues à l’époque et reprises depuis par BX1, deux d’entre eux auraient perçu chacun un peu plus de 51.000 euros bruts de jetons entre 2014 et 2016. Yvan Mayeur, alors bourgmestre de la Ville de Bruxelles et administrateur de l’asbl. Pascale Peraïta, alors présidente du CPAS de la Ville et administratrice déléguée.

Le 6 juin, devant le conseil communal, et selon les comptes rendus de presse de l’époque, Pascale Peraïta qualifie ces émoluments de « dons permanents » et reconnaît que les réunions du bureau n’ont pas systématiquement donné lieu à des procès-verbaux.

Le lendemain, la presse révèle le détail qui contient toute l’affaire. Le cabinet d’avocats représentant le Samusocial adresse une lettre au gouvernement bruxellois pour lui signifier qu’il n’a pas le droit d’enquêter sur les jetons de présence d’une asbl de droit privé.

Le Samusocial était alors une association sans but lucratif de droit privé qui fonctionnait à plus de 90 % grâce à des subventions publiques. Elle hébergeait les personnes sans abri de la capitale avec l’argent des contribuables, sous la direction de mandataires politiques. Et quand le pouvoir public a voulu savoir ce que devenait cet argent, on lui a opposé le droit privé.

Voilà l’architecture. Un montage juridique parfaitement légal qui faisait circuler des fonds publics dans un contenant conçu pour échapper au contrôle public. La cupidité de quelques personnes vient après. Ce qui la rendait possible, invisible et incontestable, c’était la structure.

La suite est connue. Le 8 juin 2017, Yvan Mayeur démissionne de son mandat de bourgmestre et quitte le PS. Le même jour, Pascale Peraïta démissionne de la présidence du CPAS, avant d’être exclue du parti. Le Parlement bruxellois institue une commission d’enquête parlementaire, réclamée par Ecolo et Groen, forte de quinze membres effectifs. Le parquet de Bruxelles ouvre une information judiciaire qui se transforme rapidement en instruction.

Ce qui suit est la partie dont on ne parle jamais.

La commission d’enquête a rendu une trentaine de recommandations. Le Parlement bruxellois a adopté l’ordonnance du 14 juin 2018 relative à l’aide d’urgence et à l’insertion des personnes sans abri. Le texte ne se contente pas de moraliser. Il change la nature juridique de la structure.

L’ancienne asbl privée a été liquidée. Ses actifs et passifs ont été transférés le 16 mai 2019 vers une nouvelle entité, le New Samusocial, association sans but lucratif de droit public. L’ancienne structure a été dissoute le 30 juin 2019.

Une asbl de droit public est soumise aux règles de gouvernance et de transparence du secteur public, et à un contrôle régulier par l’administration. La lettre d’avocat de 2017 serait aujourd’hui juridiquement sans objet.

Concrètement, sur la base des recommandations de la commission d’enquête.

Les mandats d’administrateur sont devenus gratuits. Plus de jetons de présence, plus rien à percevoir. Les rémunérations des directions ont été plafonnées et alignées sur l’arrêté du 21 mars 2018 fixant le statut pécuniaire des agents des organismes d’intérêt public de la Région bruxelloise. Les paiements exigent une double signature. Une comptabilité analytique et un système de contrôle interne ont été instaurés, ainsi qu’un inventaire des dons. Un département des ressources humaines a été créé, avec une direction dédiée depuis juillet 2019 et une procédure de publication des postes, là où régnait le recrutement discrétionnaire. Au 31 décembre 2023, la tension salariale s’établissait à 3,95, soit l’écart entre le salaire le plus bas et le plus élevé de la maison.

Par une loi du 26 décembre 2022, l’association a par ailleurs été réintégrée dans le champ de la loi du 5 décembre 1968 sur les conventions collectives de travail et les commissions paritaires. Le personnel relève désormais de la commission paritaire 319.00, celle des établissements et services d’éducation et d’hébergement.

Ce point mérite d’être détaillé, parce qu’il concerne directement les équipes dont il était question plus haut. Elles ont récupéré dans cette réforme un droit collectif que la forme associative privée leur avait retiré : celui de négocier leurs conditions de travail dans un cadre sectoriel. Mais les barèmes de la commission paritaire 319 sont inférieurs à ceux de la fonction publique. Seules les directions émargent aux barèmes publics. Plus de 99 % des travailleurs, eux, sont payés au tarif du secteur associatif.

Une asbl de droit public, créée par ordonnance, financée par des fonds publics, remplissant une mission de service public. Et des équipes qui font ce service public payées moins que des agents publics.

La composition des organes a été revue. Le conseil d’administration compte 11 membres, présidé par un représentant de la société civile, avec pour la majorité de ses membres des représentants et observateurs du gouvernement, afin de garantir le caractère public de l’association. L’assemblée générale réunit des représentants de la société civile et du secteur de l’aide aux personnes sans abri : la Fédération des Maisons d’Accueil, le Forum Bruxelles contre les inégalités, la Plateforme Bruxelloise pour la Santé Mentale, Brulocalis, Médecins du Monde, des CPAS.

Ceux qui contrôlent aujourd’hui l’institution sont donc en partie les acteurs de terrain qui travaillent avec le même public. Rien de tout cela ne constitue une garantie absolue. Mais un bureau composé de mandataires d’un seul parti se capture beaucoup plus facilement.

Le New Samusocial s’est par ailleurs constitué partie civile contre ses propres anciens administrateurs, et les a mis en demeure afin de récupérer les jetons perçus. L’institution poursuit ceux qui l’ont dirigée.

L’onde de choc a dépassé le Samusocial. C’est dans ce contexte qu’ont été adoptées, le 14 décembre 2017, deux ordonnances conjointes à la Région et à la Commission communautaire commune. La première impose la publicité des mandats et des rémunérations des mandataires publics bruxellois, publiques comme privées, et interdit de percevoir par cumul plus de 150 % du montant de l’indemnité parlementaire. La seconde crée une Commission bruxelloise de déontologie chargée de veiller au respect de ces principes. Un projet d’ordonnance sur l’accès des citoyens aux documents administratifs a également été mis en chantier dans la foulée, avec des propositions inspirées par Transparencia et Cumuleo.

Un scandale de jetons de présence dans une asbl d’hébergement d’urgence a donc débouché sur une refonte du cadre de transparence de toute une Région.

Une précaution s’impose avant d’aller plus loin. L’essentiel des informations sur les mesures de redressement énumérées ci-dessus émane du Samusocial lui-même, qui a évidemment intérêt à valoriser sa reconstruction. D’où l’importance du bilan qui suit, qui émane du Parlement.

En janvier 2022, quatre ans après le rapport de la commission d’enquête, le ministre de l’Action sociale et de la Santé Alain Maron et la direction du Samusocial présentaient au Parlement bruxellois un état des lieux de la mise en œuvre des recommandations. Sur la trentaine formulées, quinze étaient mises en œuvre, neuf en cours de traitement, quatre à l’étude et deux considérées comme hors du champ.

La moitié, quatre ans après. Mieux que rien, très loin de tout. Je préfère vous le dire plutôt que de vous vendre un conte de rédemption.

Sur le plan judiciaire, l’affaire n’est toujours pas jugée. Le dossier pénal s’est construit à la suite d’une plainte déposée en avril 2019. Le 27 février 2026, la chambre du conseil du tribunal de première instance de Bruxelles a décidé de renvoyer cinq anciens administrateurs ou dirigeants du Samusocial, parmi lesquels Yvan Mayeur et Pascale Peraïta, devant le tribunal correctionnel, pour détournement commis dans l’exercice de leurs fonctions. L’instance a estimé que les éléments matériels constituaient des charges suffisantes. Les prévenus disposent encore d’une possibilité de recours devant la chambre des mises en accusation.

Soyons parfaitement clairs. Ces personnes n’ont à ce jour été jugées coupables de rien. Un renvoi devant le tribunal correctionnel est une décision de faire juger l’affaire, rien de plus. La présomption d’innocence s’applique pleinement, et cette page n’a aucune envie de la piétiner, y compris quand elle protège des gens dont elle a critiqué l’action politique.

Il reste que neuf ans se sont écoulés entre l’ouverture de la procédure et le renvoi. Neuf ans. On peut trouver mille explications techniques à cette lenteur, elles ne changent rien à son effet démocratique. Quand la justice met neuf ans, l’opinion a déjà rendu son verdict. Les intéressés ont déjà purgé ou évité leur peine sociale. Et la confiance publique s’est érodée dans les deux sens : ceux qui croient à la culpabilité y voient l’impunité, ceux qui croient à l’innocence y voient l’acharnement. Personne n’y gagne, sauf ceux qui ont intérêt à ce que plus personne ne croie en rien.

Pendant ces neuf ans, il y a eu celles et ceux dont on n’a jamais parlé.

Un travailleur du Samusocial, Jimmy Vandael, racontait à la RTBF en 2022 que les équipes s’étaient fait caillasser sur le terrain quand l’affaire a éclaté, parce que le public avait fait le raccourci selon lequel tout le monde se mettait de l’argent en poche. Il rappelait que celles et ceux qui étaient dans la rue, la nuit, à distribuer des couvertures, étaient totalement étrangers à ces montages, et qu’ils avaient eux aussi été victimes du scandale.

D’où l’ordre de cet article. Pendant que douze personnes se répartissaient des jetons de présence, des centaines d’autres faisaient des maraudes. Et pendant les neuf années de procédure, ces mêmes centaines de personnes ont continué à décrocher le téléphone, à remplir des formulaires qui rendent aux gens leur estime, à accompagner des mourants, et à refuser cent personnes en un jour faute de place. Ce dernier point est probablement le plus dur de tous.

Pendant que j’écris ces lignes, l’actualité fournit une illustration.

Nous avons consacré un article, il y a quelques jours, au projet d’installation d’un centre d’accueil Fedasil rue Beeckman, à Uccle, exploité par le Samusocial. Le dossier a bougé depuis.

Le déménagement devait avoir lieu le 14 juillet. Le 10 juillet, le tribunal de première instance de Bruxelles a suspendu l’installation à la demande de riverains contestant le projet sur des arguments urbanistiques, notamment un possible défaut d’autorisation pour le changement d’affectation du bâtiment. La suspension courait jusqu’au 31 juillet, assortie d’une astreinte de 1.000 euros par jour plafonnée à 50.000 euros. La décision au fond n’est pas tombée dans ce délai, une première magistrate s’étant dessaisie du dossier pour raisons médicales.

Estimant l’interdiction expirée, le Samusocial a lancé le transfert le lundi 3 août et installé une trentaine de personnes, une dizaine de familles, depuis le bâtiment de Koekelberg qu’il juge insalubre. Le lendemain, une nouvelle décision prolongeait la suspension jusqu’au 25 août. Les familles sont reparties à Koekelberg. La décision sur le fond est attendue à la mi-août.

Le président du Samusocial, Stéphane Heymans, a déclaré à la presse que l’institution avait agi dans la légalité, et a ajouté ceci : « Je pense que c’est important de souligner que le Samusocial est une entité qui travaille dans la légalité. On doit être exemplaire à ce niveau-là. » La directrice générale, Sarah de Liamchine, a indiqué que l’association se plierait à toute décision de justice ultérieure.

Je n’ai pas à commenter une procédure en cours, et il n’appartient pas à cette page de dire si le permis d’urbanisme était en règle. Je constate simplement ceci. Une institution qui, il y a neuf ans, opposait le droit privé au gouvernement venu contrôler ses comptes, se donne aujourd’hui pour ligne de conduite publique d’être exemplaire dans le respect du droit. Et renvoie dix familles dans un bâtiment qu’elle estime insalubre plutôt que de contrevenir à une décision de justice.

Le résultat peut sembler absurde. La procédure peut sembler abusive ou parfaitement légitime, le débat est ouvert. Sur la question qui occupe cet article, celle de la transformation d’une institution, la démonstration est faite.

Un mot pour finir, qui vaut bien au-delà de cette affaire.

Quand un scandale de gouvernance éclate dans le secteur social, il produit toujours deux récits. Le premier dit : voilà où va votre argent, voilà pourquoi il faut couper. Le second dit : voilà pourquoi il faut contrôler. Deux conclusions opposées tirées des mêmes faits, et le choix entre les deux est purement politique.

Le premier récit est le plus commode et le plus répandu. Il permet de justifier n’importe quelle coupe budgétaire en agitant un scandale vieux de dix ans. Il fait porter à une infirmière de maraude payée au barème la responsabilité des jetons empochés par un bourgmestre. Et il aboutit, invariablement, à réduire les moyens de ceux qui n’ont jamais rien détourné.

Le second récit est celui que défend cette page. L’affaire du Samusocial démontre que le contrôle démocratique fonctionne quand on l’exerce. Une révélation de presse. Un député d’opposition qui creuse. Une commission d’enquête parlementaire. Une ordonnance. Un changement de statut juridique. Une nouvelle gouvernance. Une constitution de partie civile. Toute la chaîne a fini par fonctionner, lentement, imparfaitement, mais elle a fonctionné.

Et elle a fonctionné précisément parce qu’il s’agissait d’argent public. Les milliards qui circulent dans des structures réellement privées, eux, ne font l’objet d’aucune commission d’enquête parlementaire.

Reste l’ironie, et elle est amère.

Le Samusocial a passé sept ans à se reconstruire. À se soumettre à des règles de transparence parmi les plus strictes du secteur. À publier ses rapports. À ouvrir ses organes aux acteurs de terrain. À inventer des dispositifs pour les mineurs isolés et les familles à la rue.

C’est maintenant, alors que l’institution est enfin devenue ce qu’elle aurait toujours dû être, qu’on lui retire ses moyens. Près de 40 % des quelque 1.300 places de ses centres d’accueil d’urgence étaient financées dans le cadre du Brussels Deal, dont 1.000 places sur 2.000 disparaissent cet été.

On a exigé de cette institution qu’elle devienne irréprochable. Elle s’y est employée.

Une fois qu’elle l’est devenue, on ferme les lits.

Il restera les 48.638 appels. Il faudra « juste » répondre plus souvent qu’il n’y a pas de place.

Sources :

  1. Samusocial Brussels, rapport d’activité 2025, publié le 1er juillet 2026
  2. Samusocial Brussels, pages « Les équipes mobiles d’aide », « Nos missions et dispositifs », « Notre vision »
  3. Samusocial Brussels, rapports d’activité antérieurs, notamment sur la MediHalte et les équipes mobiles d’aide
  4. Samusocial Brussels, série de témoignages de travailleurs consacrée à la mort, novembre et décembre 2023
  5. Samusocial International, présentation du Samusocial de Bruxelles
  6. Ordonnance du 14 juin 2018 relative à l’aide d’urgence et à l’insertion des personnes sans abri
  7. Ordonnances conjointes du 14 décembre 2017 sur la transparence des rémunérations et avantages des mandataires publics bruxellois et sur la création d’une Commission bruxelloise de déontologie
  8. Parlement bruxellois, travaux de la commission d’enquête parlementaire relative à la gestion du Samusocial, session 2017-2018
  9. Samusocial Brussels, pages « Transparence », « Gouvernance » et « Le (New) Samusocial : ce qui a changé »
  10. RTBF, « Samusocial : la moitié des recommandations de la commission d’enquête mises en œuvre », janvier 2022
  11. RTBF, « Cinq ans après le scandale, où en est le Samusocial ? », mai 2022
  12. RTBF, « 5 inculpés, dont Yvan Mayeur et Pascale Peraïta, renvoyés devant le tribunal correctionnel dans le dossier de l’ancien SamuSocial de Bruxelles », février 2026
  13. BX1, « Affaire du Samusocial : Yvan Mayeur et Pascale Peraïta renvoyés devant le tribunal correctionnel », février 2026
  14. La Libre et La DH, articles du 27 février 2026 sur le renvoi devant le tribunal correctionnel
  15. La Libre, La DH, BX1 et Bruxelles Today, articles des 3, 4 et 5 août 2026 sur la suspension du déménagement du centre de la rue Beeckman
  16. Brulocalis, « La transparence a été publiée ! », janvier 2018
  17. Samusocial Brussels, communication de juillet 2026 sur la suppression de 1.000 places d’accueil

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